L'ivresse des sondages

Publié le par SurveySay

Dans une tribune intitulé "L'ivresse des sondages" publiée le mardi 9 mai 2006 dans Libération le club Ambition Socialiste dresse une critique en règle des sondages politiques. http://www.liberation.fr/page.php?Article=380471

L'article débute par un constat : "S'il est d'usage que les «faiseurs d'opinion» empiètent sur le champ politique, il est moins fréquent que des responsables politiques s'expriment publiquement sur les conséquences des sondages dits «d'opinion» dans la structuration du débat politique." Le fait que les sondeurs commentent l'actualité politique ne constituent pas un "empiètement" sur le champ politique, qui n'est pas un domaine réservé mais bien l'affaire de tous. Chacun a voix au chapître. Les sondeurs, tout comme les journaliste ou tout citoyen. Remarquons au passage le qualificatif péjoratif "les faiseurs d'opinion" qui réactivent les soupçons de manipulation du peuple par les sondeurs. Constatons également que les hommes politiques eux-mêmes commentent fréquemment les sondages. Il suffit pour s'en convaincre de lire les posts de notre rubrique "Hommes politiques et sondages".

L'article analyse ensuite le lien entre la popularité et la fonction exercée par l'homme politique. La thèse est simple : "c'est que toutes les personnalités ont vu leur cote dopée dès qu'elles ont accédé à des fonctions importante". C'est un fait indéniable. L'accès à de hautes fonctions met en lumière, créé un renouvellement et génère une sorte d'état de grâce qui se traduit par une hausse des courbes de popularité.

Deuxième constat : "si la popularité accompagne l'accession au pouvoir, la popularité ne garantit pas l'élection." Ici aussi rien n'est contestable. La popularité n'entraîne pas mécaniquement dans son cortège le succès électoral. Les auteurs citent les exemples d'Edouard Balladur et de Lionel Jospin en illustration : "Certains, malgré ou grâce à la politique qu'ils ont menée, ont réussi à maintenir longtemps cette cote de popularité à un niveau élevé. Ce fut le cas d'Edouard Balladur ou, plus durablement encore, de Lionel Jospin, même si ­ nouveau paradoxe ­ cela n'a pas empêché ces personnalités d'être exclues du second tour de l'élection présidentielle."

Ambition Socialiste poursuit son analyse en relevant que "la plupart des personnalités subissent, rapidement après leur prise de fonctions, une forte érosion de leur cote de popularité." Première contradiction. Quelques lignes plus haut, est écrit que "Certains, malgré ou grâce à la politique qu'ils ont menée, ont réussi à maintenir longtemps cette cote de popularité à un niveau élevé". Puis est affirmé que la popularité se dégrade "rapidement après leur prise de fonctions". Où se situe le vrai : dégradation rapide inexorable ou durabilité possible de la popularité ?

Les auteurs penchent pour la première hypothèse et citent en exemple l'évolution des cotes de popularité d'Alain Juppé et de Jean-Pierre Raffarin : "Ce fut particulièrement le cas d'Alain Juppé. Sur seize années d'enquêtes TNS-Sofres, la cote du président du RPR n'a jamais dépassé 40 % dans les sondages, sauf au cours des six mois qui ont entouré sa nomination à Matignon : deux mois avant sa prise de fonctions et quatre mois après. Quant à Jean-Pierre Raffarin, dont la communication était pourtant le métier historique, il aura réussi à égaler en fin de mandat le record d'impopularité détenu avant lui par Edith Cresson..." Et de conclure pour étayer leur thèse : "C'est sans doute, pour ces hommes et femmes de pouvoir, la conséquence du caractère artificiellement élevé de leur popularité peu après leur nomination." En l'occurence, l'analyse des courbes de popularité de ces deux Premiers ministres permet de comprendre que la cassure s'éfffectue à l'ocassion de deux évènements majeurs : les grèves de 1995 pour Alain Juppé et la canicule de 2003 pour Jean-Pierre Raffarin. C'est la gestion maladroite de ces deux crises qui précipitent la chute de leurs cotes respectives plus que leur caractère artificiel.

Les auteurs dissèquent ensuite le cas de Dominique de Villepin. Sa courbe de popularité grimpe en flèche au moment de sa nomination à Matignon au lendemain du référendum sur la constitution européenne pour s'abîmer lors du CPE. Ces deux évènements - la victoire du NON et la crise du CPE - ont pour les auteurs un dénominateur commun : le "refus du libéralisme généralisé et l'attachement aux idées républicaines". Entre ces deux évènements, les auteurs ne conçoivent pas l'opinion puisse avoir varié. Ce sont donc les sondages qui varient : "Un troisième constat peut par conséquent être dressé : ce n'est peut-être pas l'opinion qui est versatile, mais les sondages dits d'opinion qui sont volatils." Observons que le constat n'est pas très assuré. Chacun le sait bien : l'opinion change, ce qu'elle était hier n'est peut-être pas ce qu'elle est aujourd'hui et ce qu'elle sera demain. Qui ne change pas d'avis, n'évolue pas, ne révise pas son jugement ? La cohérence idéologique de deux dates n'induit pas une continuité de cette cohérence ENTRE ces deux dates. Entre deux points passe nécessairement une ligne, mais celle-ci n'est pas forcément une droite. Ce peut-être une courbe (de popularité ...!).

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