L'ivresse des sondages 2

Publié le par SurveySay

Nous poursuivons notre lecture critique de l'article intitulé "L'ivresse des sondages" publié le mardi 9 mai 2006 dans Libération par le Club Ambition Socialiste. http://www.liberation.fr/page.php?Article=380471

Les auteurs avancent la thèse suivante : "Les variations d'une cote de popularité ne traduisent sans doute rien d'autre que la réaction des sondé(e)s à l'image qu'on leur donne à voir des acteurs politiques." On retrouve une conception ancienne mais tenace qui consiste à considérer que le peuple n'est pas en mesure de penser par lui-même. Il ne ferait au contraire que réagir à des stimuli médiatiques. Dans ce cas, la variation du traitement médiatique entraînerait une variation de l'opinion.

On lit ensuite une critique classique des prévisions sondagières, présentées évidemment comme toujours fausses : " Et que dire de tous ces sondages qui prévoyaient un oui au referendum ? Balladur ou Rocard présidents ? Pour ce qui est de prédire l'avenir, la déroute du 21 avril 2002 et l'absence de Lionel Jospin au second tour de la présidentielle, qu'aucun sondage publié n'avait anticipées, devraient inciter à la prudence et faire réfléchir les plus enthousiastes..." Faut-il encore rappeler que les sondages d'intentions de vote ne constituent en aucun cas un prédiction du vote comme le rappellent tous les instituts dans leur notice méthodologique ? Faut-il dire à nouveau que le sondage n'est qu'un reflet de l'opinion à un instant T ?

Déplorant "l'existence d'un hiatus profond entre la réalité politique telle qu'elle s'exprime à travers les élections et l'image qu'ils prétendent nous en donner.", les auteurs en appelent à une vraie politique de gauche et terminent ainsi : "Nous sommes plus que jamais convaincus que, plutôt que de se fier aux sondages, c'est en s'appuyant sur une ligne politique claire, ancrée à gauche et susceptible de rassembler à gauche, que le candidat des socialistes pourra convaincre les électeurs en 2007."

Ici, il importe de révéler l'identité des auteurs. Le club Ambition Socialiste réunit des responsables socialistes parmi lesquels Jean-Pierre Balligand, Didier Migaud et Paul Quilès, députés, André Laignel et Marie-Noëlle Lienemann, députés européens (www.ambitionsocialiste.org). Ces politiques ont tous en commune d'être des proches de Laurent Fabius. Or, l'ancien Premier ministre n'est pas le favori pour être désigné par les socialistes pour être leur candidat à l'élection présidentielle. Il n'obtient un score que de 5% auprès des sympathisants du PS selon le dernier sondage Ifop (cf. notre post http://sondages2007.over-blog.com/article-2667926.html), soit 10 fois moins que Ségolène Royal. Il est également devancé par Lionel Jospin, Jack Lang et Bernard Kouchner. Ses chances, telles que mesurées par les sondages, sont donc pour l'instant assez minces. Cette situation complexifie la campagne de Laurent Fabius, qui a d'ailleurs plusieurs fois parlé de sa position dans les sondages (cf. par exemple http://sondages2007.over-blog.com/article-2410531.html) pour tenter d'en minimiser l'importance et la portée.

L'ascendant de Ségolène Royal dans les sondages inquiète ses rivaux socialistes, qui cherchent soit à progresser dans les sondages, soit à disqualifier les sondages. Nous avons semble-t-il avec ce texte un exemple lumineux de la seconde pratique.  

Commenter cet article