L'effet Ségolène

Publié le par SurveySay

Dans un éditorial intitulé "L'«effet Ségolène» en apesanteur dans la bulle des sondages précoces" publié dans Le Figaro le mardi 16 mai, Myriam Levy, journaliste au service politique du journal, développe une analyse sur les sondages de début de campagne.

L'article débute par une citation : «On nous a certes avertis que les sondages d'opinion sont approximatifs ou versatiles. Sans doute. Mais ceux-là sont têtus. La courbe ne dévie guère, les conclusions se recoupent. On a susurré à nos naïves oreilles que la technique n'est pas innocente, ni exempte de souterraines manipulations. Peut-être...» Ces lignes sont extraites d'un livre publié au printemps 1980 aux Editions Grasset par Patrick Rotman et Hervé Hamon sous le titre L'Effet Rocard. L'auteur en tire la conclusion suivante : "Elles devraient inciter à traiter aujourd'hui encore les sondages avec prudence." Soit. Va pour le constat intemporel.

Myriam Levy dresse ensuite la liste des présidentiables ou candidat déclarés qui étaient placés très haut dans les intentions de vote de début de campagne mais se sont effondrés ou retirés avant le scrutin. Elle cite ainsi le cas de Michel Rocard avant la présidentielle de 1981 : "Il n'était pas encore candidat, mais les sondages le croyaient déjà élu." Puis elle enchaîne : "Dans la catégorie «victime des sondages», d'autres ont suivi. C'est probablement lors de la campagne en vue de la présidentielle de 1995 que le phénomène a atteint son paroxysme."  Défilent ainsi Jacques Delors, puis Edouard Balladur. Au sujet du Premier ministre de cohabitation de 1993 à 1995, Myriam Levy nous remémore qu'il s'était hissée "tout en haut des sondages. Au point que Jérôme Jaffré, alors directeur de la Sofres, affirme dans Le Monde que son élection est «comme déjà faite»".  Pour compléter sa "liste des victimes du trompe-l'oeil des sondages précoces", l'auteur ajoute Lionel Jospin "qui, le 3 mai 2001, était donné gagnant au deuxième tour par 52 à 48 contre Jacques Chirac dans un sondage BVA pour Paris-Match. ". Pour terminer, elle revient sur le référendum de 2005 sur la Constitution européenne qui "disaient les sondages, serait adoptée avec un score plébiscitaire".

Cette lecture historique des sondages - qui constitue un exercice très pratiqué par les hommes politiques - débouche sur une conclusion assez plate : "Entre-temps, il s'était écoulé cette période toute faite de surprises qu'on appelle campagne électorale, dont on dit qu'elle ne peut pas faire élire un mauvais candidat mais qu'elle peut fort bien en faire battre un bon."

Les sondages ne sont pas une prédiction. Par conséquent les intentions de vote mesurées en début de campagne ne préjugent en rien du résultat de l'élection. Evidemment les positions des candidats dans la course à la présidence ne sont pas figées, et tout peut bouger, va bouger à la faveurs des événements de la campagne. It's not over 'till it's over. L'invitation à la prudence constitue donc une évidence qui ne nécessitait sans doute pas une page entière dans un journal de référence.

Publié dans Usages des sondages

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