L'influence des sondages

Publié le par SurveySay

"Le Bleu de Profession Politique" vient de publier le 23 mai 2006 un sondage CSA intéressant sur "l'influence des sondages sur la désignation des candidats et le vote".

A un an de l'élection présidentielle, les Français inscrits sur les listes électorales se déclarent peu influencés par les sondages. A la question "Tenez-vous compte tout à fait, plutôt, plutôt pas ou pas du tout des résultats des sondages lorsque vous choisissez le candidat pour lequel vous allez voter lors d'une élection ?", 83% d'entre eux répondent par la négative, et près de trois quarts (72%) pas du tout. Seuls 16% des électeurs prenent en compte les résultats des sondages (6% tout à fait). Plusieurs clivages apparaissent sur cette question. Ainsi, certaines catégories tiennent davantage compte des sondages dans leur vote :  les jeunes de 18 à 24 ans (40% contre 12% des plus de 50 ans), les CSP- (26% contre 6% pour les CSP+), les salariés du secteur privé (18% contre 11% pour les salariés du secteur public).

Une majorité de Français et non plus seulement d'inscrits sur les listes électorales, (59%) estime que le choix du candidat ou la candidate par les militants des partis est la solution préférable pour investir un candidat. Un tiers des personnes interrogées préfèrent que les cadres du parti désignent le ou la candidat(e) en fonction des résultats des sondages. Les résultats de cette question suscitent également de nombreux clivages. La désignation du candidat par les militants est favorisée par les hommes (65% contre 54% des femmes), les 50-64 ans (57%), les CSP+ (69% contre 49% pour les CSP-), les salariés du public (66% contre 61% dans le privé), les titulaires d'un bac +2 (78%). A l'inverse, le choix du candidat par les dirigeants du parti en fonction des sondages recueille davantage les faveurs de femmes (36%), des moins de 35 ans (41%), des CSP- (38%) et des non diplômés (40%).

Ce sondage sur l'effet des sondages est intéressants à plusieurs titres. En premier, il nous apprend qu'une très grande partie des électeurs ne tient pas compte des sondages. Pourtant, en 2002, de nombreux électeurs de gauche, déçu de ne pas voir Lionel Jospin au second et sans doute coupables de ne pas avoir voté utile, avaient accusé les sondages de les avoir en quelque sorte autoriser à se disperser, signe d'une prise en compte des sondages dans le vote. On sait par ailleurs que les sondages participent avec d'autres éléments à la dynamique d'une campagne (le fameux effet "bandwagon"). Il n'est pas illégitime de concevoir les sondages comme un élement du choix de vote. On peut vouloir voter pour ou contre le meilleur candidat dans les sondages.

Ensuite, le mode désignation du candidat par les responsable du parti sur la base de sondages est une pratique très courante au niveau local. Il n'est pas rare de voir des fédérations commander des sondages pour départager des candidats concurrents et accorder l'investiture. L'autre solution (celle du vote des militants) paraît plus démocratique mais est peut-être moins efficace électoralement : un sondage exprime l'opinion des électeurs, tandis que le vote des militants ne reflète que les rapports de force au sein de l'appareil partisan. Le candidat désigné par les militants risque ainsi de ne pas être celui qui a le plus de chances de l'emporter le jour du vote.

Sondage réalisé par téléphone les 16 et 17 mai auprès d'un échantillon national représentatif de 955 personnes âgées de 18 ans et plus, constitué d'après la méthode des quotas.

Publié dans Effets des sondages

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