La dictature des sondages

Publié le par SurveySay

Dans un article intitulé "Présidentielle : le PS réfléchit à ses primaires à la française" (Le Figaro, jeudi 12 mars 2009), Nicolas Barotte évoque les différentes procédures de désignation du candidat socialiste pour l'élection présidentielle de 2012 : primaires réservées aux adhérents du PS ou primaires ouvertes à toute la gauche. La première méthode, utilisée en 2006, avait permis à Ségolène Royal de l'emporter, notamment en s'appuyant sur les sondages qui la donnait favorite pour créer une dynamique de victoire.

L'article cherche donc à savoir quel candidat potentiel serait favorisé par tel ou tel type de primaire : "À qui profiteraient ces primaires ? [...] Dans les enquêtes d'opinion, la première secrétaire caracole désormais en tête. «C'est dans le parti que Ségolène est populaire, désormais elle l'est moins dans l'opinion», assure un cadre, proche de Strauss-Kahn." Le raisonnement semble supposer que le favori des sondages serait nécessairement désigné par les adhérents. Il s'agit là d'une idée faussement accréditée en 2006 par la coïncidence de la supériorité de Ségolène Royal dans les enquêtes d'opinion et de sa victoire finale dans les primaires. Il n'existe pas de lien de cause à effet entre les deux : la domination sondagière ne se convertit pas automatiquement en victoire électorale. L'histoire politique l'a démontré à de nombreuses reprises, et pour la dernière fois lors du Congrès de Reims en 2008 quand Martine Aubry, bien que nettement distancée dans les enquêtes par Berntrand Delanoé et Ségolène Royal, fut élue Première secrétaire. En revanche, il faut observer que les performances dans les sondages contribuent à créer une dynamique lors de campagnes électorales.

L'article se termine sur cette phrase : "Quoi qu'il en soit, on peut déjà connaître l'argument des présidentiables mal classés : non à la dictature des sondages dans le choix du candidat." L'expression "dictature des sondages" est évidemment exagérée pour effrayer. Personne ne croit réellement que les sondeurs votent à la place des électeurs. Cette position est avant tout politique : elle permet de se draper dans le manteau de la défense de l'indépendance d'esprit pour mieux cacher ses faiblesses. Elle est d'ailleurs systématiquement soutenue par ceux qui sont distancés dans les sondages, comme Laurent Fabius en 2006 (cf. notre post).

Publié dans Effets des sondages

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