"Faire mentir les sondages"

Publié le par SurveySay

Depuis quelques jours l'expression "faire mentir les sondages" a été utilisée à plusieurs reprises par des responsables politiques :
  • Le mardi 26 mai 2009, sur Europe1, Vincent Peillon à appeler "les électeurs à faire mentir les sondages. Ils ont déjà été capables de le faire à plusieurs reprises". La tête de liste Sud-Est du PS était invité à analyser les sondages qui placent le PS 6 à 6 points derrière l'IUMP.
  • Le mardi 2 juin 2009 en meeting à Montgeron, Harlem Désir prononce les propos suivants : "Quand le pays plonge dans la crise, notre seul souci quotidien ce n'est pas nous-mêmes, ce sont les Français", a-t-il assuré, appelant les électeurs à "faire mentir les sondages" dimanche."
  • Dans Paris Normandie (mercredi 3 juin 2009), Olivier Besancenot  répond à la question suivante : "La crise est là et la gauche ne décolle pas dans les intentions de vote. Comment l'expliquez-vous? On va commencer par essayer de faire mentir les sondages et dire clairement que c'est aux capitalistes de payer leur crise!"
  • Invité du Talk Orange-Le Figaro (jeudi 4 juin 2009), Henri Weber, Député européen et tête de liste PS pour la région Centre-Auvergne-Limousin, a également appelé "les militants socialistes à faire mentir les sondages".
Point commun à toutes ces déclarations : elles sont prononcées par des hommes politiques en difficulté dans les sondages. Le PS est à la traîne de l'UMP, le NPA est concurrencé sérieusement par le Front de gauche. L'expression est souvent utilisée lorsque la défaite approche. Ce fut le cas en 2007 notamment.

Au-delà de l'argument de mobilisation électorale, l'expression est intéressante à plusieurs titres. Elle dit d'abord que si les sondages peuvent mentir, ils peuvent dire également la vérité. Cette reconnaissance implicite de la crédibilité des sondages va l'encontre du discours critique d'incrédulité. Ensuite, l'usage du verbe "mentir" n'est pas approprié. L'idée est davantage de chercher à "donner tort" aux prévisions sondagières en provoquant un résultat électoral différent voire inverse de celui annoncé par les intentions de vote. Il ne s'agit pas à proprement parler de pousser au mensonge, c'est-à-dire à la dissumulation de la vérité et/ou à l'affirmation de choses qu'on sait fausses. Le verbe "mentir" n'est pas donc pas adéquat mais il apporte beaucoup en terme de communication. Son usage permet de véhiculer une ensemble de représentations négatives qui se combinent parfaitement avec les fantasmes associeés aux sondages (manipulation, complot...). Surtout, il permet de rappeler que rien n'est jouer d'avance et que seul l'électeur, pas les sondages, détient la vérité ultime.

Publié dans Usages des sondages

Commenter cet article