Le sondage comme expression

Publié le par SurveySay

Dans Les Echos (lundi 9 octobre 2006), Laurence Parisot publie un article intitulé "Les sondages reflètent le présent et non l'avenir". La président de l'Ifop et du MEDEF cherche à analyser l'idée selon laquelle "Les sondages se trompent ! Cette rengaine permanente est entonnée avec encore plus de vigueur en période électorale. On l'a entendue récemment lors des élections en Italie en avril, en Autriche et au Brésil le 1er octobre. On commence déjà à la siffloter en France avec les débats sur la primaire socialiste." Cette idée, largement présente dans le débat, n'est pas nouvelle. L'auteur rappelle ainsi que lors d el'élection présidentielle de 1965 "L'Ifop annonçait dans « France-Soir » le ballottage du général de Gaulle alors que sa victoire était tenue pour acquise. Le lendemain, on avait alors parlé de « l'exploit » de l'Ifop !" Entre ces deux extrêmes que sont la critique radicale et les louanges, la lecture des sondages "fait appel à la rigueur et à la nuance, qualités que le zapping politico-médiatique néglige trop souvent."

Selon Laurence Parisot, deux principes essentiels sont à retenir en ce qui concerne les sondages. "D'abord, le sondage s'élabore selon un processus scientifique précis. Ses règles s'appuient sur les enseignements les plus pointus de la statistique (constitution de l'échantillon), de la mathématique (calcul de l'erreur possible) et de la psychologie (rédaction du questionnaire, relations enquêteur-enquêté)." Mais cette science, qui n'a pas un siècle et qui existe en France depuis 1938 seulement, n'est pas une science exacte : "Ce qui est difficile à comprendre pour beaucoup, c'est que le sondage délivre une approximation. Une approximation certes, mais la meilleure approximation possible. [...] Ce sont les limites mêmes du sondage qui prouvent sa scientificité. Ces limites n'invalident nullement sa valeur. Le sondage apprend. Le sondage étonne." Le second principe mis en avant par l'auteur est le suivant : "le sondage ne sonde pas l'avenir, il sonde le présent. Entre aujourd'hui et demain, l'électeur a le droit de changer d'avis, a fortiori en campagne électorale." Le revirement et l'indécision constitue les deux cractéristique du coprs électoral depuis la fin des années 1980.

Surtout, le sondage permet de mettre en lumière l'opinion de chacun : "il transforme des convictions privées en convictions publiques. D'ailleurs, l'inventeur du sondage, George Gallup, n'avait qu'une idée en tête : « Helping people to be heard » (« aider les gens à être entendus »). Autant dire une bonne fois pour toutes que le sondage n'est pas une prédiction, c'est une expression. Toute atteinte à celle-ci est une atteinte aux libertés les plus fondamentales. Dans les régimes autoritaires, les sondages n'existent pas." Le sondage comme expression d'opinion entre ainsi dans le cadre d'une liberté. Mais, il faut cependant relever que cette expression n'est pas totalement libre, puisque chaque citoyen n'a pas le loisir d'être interrogé quand il le souhaite pas les instituts de sondages, qui eux-mêmes encadrent et canalisent cette expression par le recueil même de cette expression.  

Publié dans Usages des sondages

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