Le point sur les sondages dans les primaires du PS

Publié le par SurveySay

Le Monde a publié vendredi 9 novembre un article intitulé "Les sondages de sympathisants PS reflètent-ils ce que sera le vote des militants ?" qui analyse les sondages dans la primaire du PS. L'article rappelle ainsi que "vingt-cinq sondages sur la primaire socialiste ont été commandés et diffusés dans les médias depuis septembre. Tous réalisés à partir d'échantillons de sympathisants socialistes, c'est-à-dire de personnes se déclarant proches du PS." Or, comme il a été systématiquement indiqué dans chaque sondage depuis le rappel de la commission nationale des sondages le 12 octobre, ce sont les seuls adhérents du PS qui se prononceront aujourd'hui, jeudi 16 novembre 2006.

La question principale consiste donc à savoir si les adhérents voteront de façon conforme aux intentions de vote déclarées des sympathisants. Le Monde indique ainsi que "Sociologiquement, les deux catégories ne se ressemblent pas tout à fait." Les adhérents ont également sans doute mieux suivi les débats et sont mieux informés des enjeux. Un risque de décalage existe donc entre ces deux populations. Les instituts de sondages ont été contraints d'interroger les sympathisants socialistes, puisque la direction du PS a refusé de rendre public le fichier de ses adhérents. Stéphane Le Foll, directeur de cabinet du premier secrétaire François Hollande, explique ce choix : "Les militants n'aimeraient pas cela. Et puis, si nous mettions le doigt dans cet engrenage, le parti serait vite soumis à une infernale culture sondagière qui serait catastrophique". La direction n'a pas conduit de sondages internes confidentiels "s'évitant une polémique supplémentaire entre candidats rivaux". Les instituts de sondages auraient pu chercher les militants socialistes. Mais leur nombre trop faible au regard de la population française totale (taux de pénétration) aurait rendu cette recherche trop coûteuse. De même, "la constitution d'échantillons de militants bâtis empiriquement, à la sortie des sections du parti, présentait pour les instituts de sondage un coût et un risque de biais trop important. Et renoncer à sonder n'était pas de bonne politique commerciale..." Certes, les instituts de sondages, comme toute entreprise, sont soumis à des nécessités commerciales. Mais, on peut également imaginer une forme de pression de la part de leurs clients médias, souhaitant alimenter leur couverture des primaires avec les résultats de sondages. Le Monde indique ainsi que "Le Point (Ipsos), LCI et RTL (Sofres) ont redoublé de mises en garde, sans renoncer à publier des sondages sur les sympathisants qu'ils jugent "en soi" intéressants." Au passage, le journaliste n'oublie pas sa paroisse et rappelle que "Le Monde, pour sa part, n'a commandé aucun sondage sur le sujet."

L'interrogation de sympathisants socialistes, choix par défaut devant les difficultés techniques et financières d'interroger les votants, a permis d'approcher la réalité de l'évolution du rapport de force interne. Se pose alors la question de savoir si l'information approximative fournie par les sondages vaut mieux qu'aucune information ? Les tenants de la solution du silence font valoir que les sondages auprès des sympathisants socialistes sont sans valeur et faussent la compétition en exerçant une influence sur les électeurs. C'est le discours tenu notamment par Laurent Fabius (à qui les sondages sont défavorables). Les partisans des sondages affirment que les électeurs font leurs choix en conscience et que les enquêtes d'opinion, aussi imparfaites soient-elles, constituent un élément d'information au même titre que d'autres (les réunions, les débats, les articles de presse...) et dont on ne peut priver les citoyens.

Le vote réalisé aujourd'hui par les adhérents du Parti socialiste viendra en partie clarifier cette situation. On saura demain si leur vote est conforme aux intentions de vote des sympathisants. Si c'est le cas, notamment si Ségolène Royal l'emporte dès le premier tour, les instituts de sondages ne pourront pas être accusés de s'être trompés. Mais, il y a fort à parier que les perdants les rendront au moins en partie responsables de leur échec, regrettant que les votants les aient suivis. Si, à l'inverse, le vote des adhérents est en décalage avec les intentions de vote des sympathisants (ce qui risque d'être le cas notamment pour Laurent Fabius dont le poids au PS est sous-estimé dans les sondages), alors les instituts de sondages verront à nouveau les critiques pleuvoir. Dans tous les cas de figure donc les sondages, demain, seront dans une situation délicate. 

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