Tapie et les sondages

Publié le par SurveySay

Bernard TapieDans un entretien accordé au Monde (vendredi 16 février 2007 ), Bernard Tapie analyse l'investiture de Ségolène Royal : "Je vous rappelle que les socialistes ont choisi Ségolène Royal, exclusivement sur la foi des sondages. Ce n'était pas mon choix : tu ne passes pas de journaliste à La Montagne à directeur de la rédaction du Monde. Ça ne remet pas en cause son intelligence, sa bonne foi, mais il y a des responsabilités qui ne s'improvisent pas."

L'ancien Ministre de la Ville indique également "qu'en juin 2006 quand Jean-Michel Baylet, Président du PRG, avec un sondage Sofres flatteur en main, m'a demandé d'être candidat à l'élection présidentielle, j'ai refusé car je considérais qu'il y avait un risque d'empêcher, pour la deuxième fois consécutive, un débat droite-gauche dont la France a besoin.".

En quelques phrases, Bernard Tapie évoque deux usages identiques des sondages : apporter la preuve qu'un candidat est en mesure de l'emporter pour faciliter sa candidature.

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Thomas 26/02/2007 14:30

Quelques références sur le modèle formel, suite à la remarque d'un blogueur: BLAIS André, "Y'a-t-il un vote stratégique en France?", dans CAUTRES Bruno, MAYER Nonna (dir.), Le nouveau désordre électoral, Presses de la FNSP, Paris, 2004, p. 279-301; SIMON Herbert A., "Bandwagon and underdog effects and the possibility of elections predictions", Public Opinion Quarterly, 18 (3), 1957, p. 245-253; FEY Mark, "Stability and coordination in Duverger's law: a formal model of preelection polls and strategic voting", American Political Science Review, 91 (1), 1997, p. 135-147. En France, il y a une thèse, soutenue en 1995 par Laurent MANN à l'Ecole Polytechnique (on peut en trouver les références sur le fichier central des thèses), qui traite de manière formelle, mathématiques, du "rôle stratégique des sondages" dans la prise de décision collective, et notamment en matière électorale. Ce genre de textes, mis à part le premier, sont pour l'essentiel incompréhensibles, car constitués pour bonne partie de formules mathématiques ésotériques. Le plus souvent, dans les parties rédigées de ces textes, on peut lire que les intentions de vote ont des effets sensibles sur les résultats électoraux, mais le mode de démonstration me laisse perplexe. Enfin, c'est surtout le postulat de ce type d'articles qui me paraît critiquable: l'électeur rationnel, qui élabore des "coups de billard à douze bandes" à partir des données des sondages.

Thomas 20/02/2007 12:29

Des références d'ici à la fin de semaine/début de semaine prochaîne.

PAC 19/02/2007 19:18

Pour répondre à Thomas, je serais assez curieux de connaître les travaux auxquels tu sembles faire référence : as-tu des noms précis en tête ?

Bien évidemment, il n'est pas évident que les individus adoptent un comportement stratégique face au vote. Il est d'ailleurs assez difficile d'identifier le vote stratégique. En général, on demande aux individus dans les enquêtes préélectorales ou post électorales si le candidat pour lequel il pense (ou ont voté) est bien leur candidat préféré. Cette question permet d'identifier une partie du vote stratégique que l'on pourrait appeler le vote stratégique conscient. Néanmoins, je pense que l'estimation du vote stratégique conscient sous estime grandement l'ampleur du vote stratégique. Il est clair que les chances de gagner d'un candidat jouent beaucoup dans le regard que l'on va porter sur lui. Même si les acteurs ne reconnaissent pas avoir un comportement stratégique, leur comportement peut éventuellement être modélisé comme un comportement stratégique. Par exemple, la hausse de Bayrou dans les sondages nous conduit à nous intéresser de plus près à son programme, à le rendre crédible et sans que l'on s'en rende compte, on peut se comporter comme un électeur stratégique.

Xavier 19/02/2007 18:57

Pour une fois que Tapie dit une chose vraie !

Thomas 19/02/2007 12:36

Il est intéressant de remarquer qu'après cinq ans de médiatisation intensive, certains observateurs de la vie publique ne savent toujours pas correctement orthographier le nom du Ministre de l'Intérieur M. Sarkozy. J'ai lu avec intérêt le premier commentaire, qui est une sorte d'application du raisonnement formel à l'analyse des effets éventuels des sondages sur le vote des électeurs. Cependant, la théorie formelle, qui souvent aboutit à des résultats confirmant l'importance des sondages dans la formation des choix de vote, me laisse l'impression d'être un peu déconnectée de la réalité. Par exemple quand elle postule qu'un grand nombre d'électeurs se comportent de manière rationnelle ou stratégique.