"Réserves" de la Commission des sondages

Publié le par SurveySay

Le Monde publie un article intitulé ""Réserves" de la commission des sondages sur deux enquêtes" (jeudi 21 mars 2007) dans lequel il indique que "La commission des sondages est intervenue, lundi 19 mars, pour mettre en garde sur deux sondages CSA relatifs à l'élection présidentielle. "Sans remettre en cause l'intégrité professionnelle de l'institut", la commission, qui était intervenue de façon plus générale il y a quelques semaines, alerte sur "certaines modalités de redressement appliquées aux résultats bruts dans ces deux enquêtes" et "exprime des réserves sur le caractère significatif des intentions de vote"." le premier sondage incriminé, publié dans Le Parisien le 8 mars, plaçait François Bayrou à 24% après une progression de 7 points. Nous avions remarqué la caractère surprenant de cette forte progression sur une aussi courte période (cf. notre post http://sondages2007.over-blog.com/article-5934854.html). La seconde enquête, publiée le 15 mars, situait François Bayrou à 21 %, Nicolas Sarkozy à 27 % et Ségolène Royal à 26 %.

Le Monde note le caractère exceptionnel de cette prise de parole de la Commission : "Il est rare que la commission des sondages intervienne de cette façon." Mais cette intervention est très limitée, puisque la Commission "
se refuse à préciser les données qu'elle conteste. Est-ce le score de M. Bayrou ou sa fluctuation très forte d'une semaine à l'autre ?". Dès lors, la portée des "réserves" de la commission des sondages est considérablement affaiblie. Quel est le sens de ce geste qui porte devant l'opinion publique l'existence d'un reproche présenté comme fondé tout en s'interdisant de formuler ce reproche ? Pourquoi tant de secret ? Pour préserver l'activité économique des instituts de sondages : "elle reste très elliptique sur ses critiques : la commission s'interdit en effet de rendre publiques les méthodes de redressement, les instituts arguant qu'il s'agit là d'un "savoir-faire" relevant du secret commercial." Mais n'est-il pas incohérent de maintenir le secret commercial sur des techniques qui ne sont pas jugées pertinentes ? Ne faudrait-il pas, à l'inverse, rendre public l'exemple de ce qu'il convient d'éviter ? Plus largement, la loi ne devrait-elle pas imposer aux instituts de publier intégralement les techniques de redressement utiliser dans les intentions de vote ? Ce types de sondages, qui peut influer le vote dans un certaine mesure, échappent en partie à un des principes de la démocratie, la transparence, alimentant ainsi tous les fantasmes. Les instituts estiment protéger par le secret leurs spécificités, ils ne font que délégitimer une profession déjà soupçonnée.

Enfin, le Monde rappelle que "La commission avait proposé, après le 21 avril 2002, que les instituts publient des "intervalles de stabilité", c'est-à-dire le maximum et le minimum obtenus par un candidat en fonction de la certitude du choix du sondé. Certains instituts comme Ipsos, par exemple, y sont favorables. CSA juge que cela introduirait de la confusion dans la lecture des sondages."Précision ou lisibilité des données publiées : que faut-il selon vous privilégier ?

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Thomas 22/03/2007 19:00

Deux brèves remarques sur deux commentaires: certes les partis politiques commandent des sondages quanti et quali pour l'organisation et la gestion de leur campagne, en un mot pour élaborer leur démarche de marketing politique, mais ce ne sont pas les seuls à commander des sondages politiques: il ne faut pas oublier les médias (TV, radio et presse). En outre, les sondages politiques ne représentent qu'une part mineure du chiffre d'affaire des entreprises de sondages: la proportion varie suivant les instituts, mais on peut la situer de 10 à 20%. Pour terminer, une considération normative: parler de "l'esprit moutonnier" des électeurs en affirmant implicitment qu'on est plus intelligents que les autres parce qu'on sait que les sondages disent n'importe quoi ne fait pas beaucoup avancer la réflexion. Je termine en rappelant que n'importe quel citoyen peut présenter un recours devant la Commission des sondages, comme le prévoit la loi du 19/07/1977 modifiée par la loi du 19/02/2002. Engorgeons les services du Conseil d'Etat !

steph 21/03/2007 23:30

N'oubliez jamais que ce sont les partis politiques qui commandent et financent les sondages... L'UMP ayant un budget supérieur à l'UDF et le PS réunis dans cette catégorie !

filaplomb 21/03/2007 22:00

Grande honnêteté de ta part de souligner cette intervention de la commission (y'a qui là-dedans, dis-donc ?).

Tu es fou toi ! Tu imagines que les sondeurs accepteraient de publier un sondage dans lequel Le Pen sort à 7%, corrigé "au doigt mouillé" à 14% et qui finira à plus de 20% dans les urnes ?
Il faut une gois pour toute décider que les sondages sont des outils de mesures du vent inventés pour favoriser certaines opinions.
Ah cette tendance au suivisme moutonnier des électeurs…
:-)

Philippe 21/03/2007 21:41

Merci pour avoir signalé cet article, et plus généralement pour la qualité de vos commentaires.

Toutefois, tout comme l'article du monde, vous semblez insinuer que M. Bayrou aurait bénéficié d'un traitement de faveur. Qu'est-ce qui vous le fait croire ? On pourrait tout aussi bien penser que son score dans les récents sondages a été minoré ou que les redressements excessifs portent sur d'autres candidats. C'est en tous cas ce que soupçonnent certains fidèles de votre site que vous qualifiez (gentiment) de "centristes vigilants". Je ne dis pas qu'ils ont raison, je m'interroge seulement sur des commentaires qui, en mettant en relief le nom d'un candidat, insinuent que les données relatives aux autres seraient irréprochables...

SurveySay 21/03/2007 22:08

Merci Philippe pour ce commentaire. Cet article, et plus généralement le ton de nos analyses, ne cherche pas à insinuer mais plutôt à dire les choses telles que nous les voyons, dans le respect des personnes. Nous avons remarqué que le score de François Bayrou dans le sondage CSA critiqué par la Commission a progressé à la fois fortement (+7 points) et extrêmement rapidement (7 jours), ce qui nous a conduit, avant les "réserves" de la Commission à nous interroger sur le sens à attribuer à ces données. Mais, vous avez raison de constater que rien n'indique que les réserves de la Commission portent sur ce point. C'ets un lien que nous n'établissons pas. Et rien non plus, évidemment, ne nous incline à penser que François Bayrou aurait bénéficier d'un traitement de faveur de la part de CSA. Plus généralement, le score de François Bayrou ne semble pas plus difficile à mesurer que le score des autres candidats. Et plus que l'avantage donné marginalement par un institut à tel ou tel candidat, il faut craindre les commentaires médiatiques des sondages, qui amplifient des mouvements mineurs pour dramatiser la "course vers la présidence", accordent une importance exagérée aux sondages de second tour qu'on sait fragiles, confondent "échantillon " et "panels"...  Cela ne signifie pas que les instituts de sondages sont exempts de tout défaut. Mais entre l'approbation aveugle ou la critique radicale, il doit bien exister un juste milieu, le "centre " en quelque sorte.