Putsch

Publié le par SurveySay

Daniel Schneidermann publie dans Libération (vendredi 23 mars 2007) un article intitulé "Sondages, le putsch inaperçu" revient sur les réserves émises par la Commission des sondages à l'égard de deux sondages de CSA, publiées dans le Parisien-Aujourd'hui en France des 8 et 15 mars. Il relève que l'attitude de la Commission, qui refuse de dire quelle est l'erreur commise par CSA, est "pudique" et remarque que "la commission des sondages  n'a rien trouvé à redire à un épisode antérieur, qui est pourtant sans précédent. Pour la première fois, des sondeurs ont testé au second tour un candidat (Bayrou, toujours) n'ayant, selon eux-mêmes, guère de chance d'y accéder. Et surprise : Bayrou serait vainqueur, contre Royal, comme contre Sarkozy. Ce faisant, comment ne pas voir que ces imaginatifs, davantage encore que dans leur production ordinaire, ont influencé les intentions de nombreux électeurs à partir d'un scénario de fiction construit par eux seuls et ne découlant pas des intentions pourtant (valablement, on l'imagine) recueillies par eux-mêmes. Comment ne pas voir que ces sondages ont détourné du vote Royal un certain nombre de ses électeurs, désireux avant tout d'éliminer Sarkozy."

Effectivement, plusieurs instituts ont publié des hypothèses de second faisant figurer le candidat en troisième position au premier tour, François Bayrou. On comprend que l'hypothèse puisse heurté la logique au premier abord, puisque seuls les deux candidats arrivés en tête du premier tour sont en mesure de s'affronter au second. Pourtant n'est-ce pas le propre d'une hypothèse que d'envisager des configurations qui ne vont pas de soi ? Rappelons également qu'il ne s'agit pas d'une nouveauté. Des sondages de second tour
ont déjà été réalisés opposant en 1988 François Mitterrand à Raymond Barre, ou en 1995 Jacques Chirac et Edouard Balladur. Enfin, il est évident que ces sondages de second tour qui donnent tous François Bayrou vainqueur ont contribué à légitimer et crédibiliser sa candidature, alimentant ainsi sa dynamique.

Daniel Schneidermann poursuit son analyse en versant dans l'excès : "Il faut peser ses mots, mais cette hérésie professionnelle constitue bel et bien un putsch, ou une tentative de putsch, des sondeurs sur la campagne. Les sondages sont habituellement d'efficaces machines à produire des prophéties autoréalisatrices. Bidule frémit dans les sondages, donc les sondages l'indiquent, et ce timide frémissement est porté à ébullition par la chaleur même des projecteurs médiatiques aussitôt braqués sur lui. Mais, avec l'invention de toutes pièces d'un scénario, le sondeur, grisé par sa puissance, choisit délibérément de s'affranchir de toute réalité, et franchit un palier." Le phénomène autoréalisateur décrit ici ne se réalise pas systématiquement. Certes, la montée dans les sondages suscite généralement un intérêt croissant des médias, mais une couverture médiatique plus forte ne se traduit pas mécaniquement par une hausse des intentions de vote.  Il ne suffit pas d'être exposé médiatiquement pour obtenir des scores élevés dans les sondages. Surtout, dans ce cas particulier, il semble abusif de prêter aux sondeurs une attitude séditieuse, dont la Commission des sondages serait complice. Tester une hypothèse de second tour originale ne remet pas en cause la démocratie. On a reproché en 2002 aux sondeurs de ne pas avoir joué leur rôle civique en alertant sur la présence du FN au second tour et d'avoir par leurs hypothèses de second tour installé la certitude d'un duel Jospin-Chirac. On les critique aujourd'hui pour avoir retenu ces leçons.

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filaplomb 26/03/2007 20:18

Je ne partage pas du tout ton opinion.
Si tu as un sondage qui dit que Bayrou perd au premier tour, quelle légitimité (autre que la volonté d'influencer les électeurs du PREMIER tour) peut avoir d'interroger sur l'invention d'une second tour ?
Le fait qu'il y ait des précédents ne démontre que l'antériorité et pas la légitimité, bien sûr.
De toute façon, au final, je suis assez pour l'interdiction totale de la commercialisation de l'opinion par d'obscures entités économiques…