Mercredi 28 novembre 2007
Dans un
article intitulé "Hollande se prépare déjà pour la présidentielle" Le Figaro (mardi 27 novembre 2007) indique que "Dans les sondages, le premier secrétaire demeure toujours à la
traîne des autres leaders socialistes. François Hollande n’a pas l’air de douter pour autant." Le Maire de Tulle conserve tous ses espoirs pour l'échéance de 2012. Il
doit savoir que les 4 années qui nous séparent du prochain scrutin pourront être mises à contribution pour modifier son image et refaire son retard dans les sondages. Il comprend sans doute
également que sa fonction de Premier secrétaire du PS, fonction qu'il occupe depuis 10 ans, l'empêche d'avoir une parole aussi libre que celle des autres socialistes. En revanche, François
Hollande n'a pas su tirer parti dans les sondages de cette position de premier opposant naturel, comme l'avait fait François Mitterrand au tout début des années 1980.
Dans un article intitulé "Sarkozy repart en campagne (mardi 9 octobre 2007), Le Figaro donne une explication de la récente baisse dans les sondages connu par Nicolas Sarkozy :
"Car, à l'Élysée, on regrette encore la déclaration de François Fillon sur « la France en faillite ». Un conseiller du président de la République estime, loin des micros, que cette
phrase a entraîné la descente dans les sondages de Nicolas Sarkozy." On peut comprendre que l'expression attise la crainte d'un plan de rigueur. Mais il est plus difficile
d'accepter l'idée que la phrase prononcée par le Premier ministre serait responsable de la baisse du Président de la République, alors que l'auteur même de cette phrase est
épargné par ce mouvement baissier.
Le Monde (lundi 7 mai 2007) publie
un article intitulé "De vivats en rappels, d'un balcon à l'autre, la candidate goûte, une dernière fois, le parfum de la gloire" dans lequel est indiqué que "Ségolène
Royal sait depuis trois jours qu'elle a perdu l'élection présidentielle. Des larmes ont coulé de ses yeux, jeudi, à Lille : trois nouvelles études d'opinion l'avaient donnée largement
distancée après le débat avec Nicolas Sarkozy. Elle n'avait plus voulu voir personne, et quitté le Nord pour Paris en voiture, délaissant son équipe et les artistes qui l'avaient
accompagnée en train."
Dans Antigone, Sophocle écrit "Personne n'aime le messager porteur de mauvaises nouvelles". En l'occurence, les messagers étaient au nombre de trois : les trois
sondages qui ont annoncé la victoire de Nicolas Sarkozy lors du débat télévisé, victoire qui annonçait celle de dimanche.
Dans un article intitulé "La fusion du politique et du médiatique" (Libération, jeudi 5 avril 2007), Denis Muzet analyse "la grande lessiveuse médiatique" de la campagne présidentielle de 2007, qui s'alimente de "la «course de chevaux», tiercé, quarté, quinté, plus des sondages, instruments de connaissance de l'opinion, photographies instantanées nous dit-on, comme s'ils n'étaient que le reflet fidèle de la réalité, alors que cette réalité ils la reflètent certes, mais ils la construisent surtout, en campant les rapports de force, en renforçant les dynamiques de crédibilité ou de scepticisme sur Untel ou Unetelle, en «dramaturgisant» le temps long de la campagne."
L'influence des sondages sur la campagne électorale est indéniable mais difficile à cerner précisément. Premier constat : ce n'est pas temps la prise de température (le sondage en lui-même) que la révélation de la température existante (les résultats du sondage) qui affecte le moral du patient (les candidats). L'outil, la technique, qui n'est pas encore optimale, sont moins néfastes que leurs usages.
Ensuite, il faut reconnaitre une incidence positive à l'activité des sondeurs : elle permet de structurer l'évolution de la campagne en la rendant lisible sous forme de courbes et de chiffres. Le sondage, comme le temps intermédiaire ou temps de passage dans une descente de ski alpin, permet de situer les candidats les uns par rapport aux autres. La course est alors mieux comprise. Mais, parallèlement, cette fonction pénalise les candidats en baisse et avantage ceux qui sont en hausse ou en tête : en révélant les tendances politique à l'oeuvre, le sondage les amplifie en attirant la lumière médiatique. Tout mouvement significatif dans les intentions de vote génère une forte exposition médiatique. Cette situation impacte nécessairement les scores des candidats concernés, ce qui génère une couverture médiatique renouvelée. Ces spirales médiatiques depuis longtemps identifiées par les observateurs altèrent les résultats mesurés par les sondages.
Ce lien sondages-medias, ou plus exactement le commentaire médiatique des sondages, se situe au coeur de ce qui est appelé, à tort, l'influence des sondages. L'influence est avant tout exercée par les medias dans le fait de choisir ou non de commenter un sondage, puis dans l'angle choisi pour réaliser ce commentaire. Et l'analyse médiatique des résultats des intentions de vote se réduit souvent à un commentaire sportif : celui-ci "fait la course en tête", celui-là "réduit l'écart", ... C'est la pente naturelle de l'analyste. Mais certains sondages méritent une réflexion plus poussée.
Dans un article intitulé "PS et UMP concentrent leur tir sur François Bayrou" (jeudi 22 février 2007), Le Figaro écrit "Tous contre Bayrou. Depuis que le candidat centriste grimpe dans les sondages, il est devenu la cible privilégiée de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Les deux candidats qui font la course en tête ont vue le danger de laisser prospérer, sans réagir." Pour chaque candidat, le score des concurrents directs dans les sondages influence l'orientation de la campagne de chaque candidat, orientation destinée à préserver sa position dans les sondages au détriment de celle des rivaux.
Dans un article intitulé "Nicolas Hulot renonce à se présenter à l'Elysée, après six mois de lobbying écologique" (mardi 23 janvier 2006) Le Monde écrit "En décidant de "suspendre" son action politique, Nicolas Hulot est en phase avec plusieurs sondages sortis ces derniers jours". En l'occurence, un sondage CSA et un sondage Ifop qui indiquaient chacun l'opposition d'une majorité de Français à sa candidature. Faut-il pour autant considérer que ces enquêtes ont pesé dans la décision de Nicolas Hulot ?
Les conséquences de cette décision sont diverses. Elle devrait aider la candidate Dominique Voynet à progresser "Jusqu'à présent les sondages ne lui ont pas accordé plus de 2% d'intention de vote. Or selon l'enquête Ifop du 21 janvier, la candidate des Verts é été considérée en prenant l'hypothèse d'un retrait de Nicolas Hulot, comme la plus apte "à faire des propositions pour protéger l'environnement", par 18% des personnes interrogées. Cela pourrait-il être le début d'un appel d'air en sa faveur ?" Autre conséquence : "le retrait de Nicolas Hulot devrait aider les Verts à calmer leurs dissensions internes. Alors que les sondages prêtaient à l'animateur de TF1 plus de 10% d'intentions de vote, plusieurs députés Verts, dont Jean-Luc Bennhamias, avaient plaidé en faveur de sa candidature".
Dans un articule intitulé "Bové, quasi candidat (lundi 22 janvier 2007), Libération rapporte les propos du syndicaliste Claude Debons à propos de l'éventuelle candidature de José Bové "Si José est au dessus de 10% dans les sondages - ce que je ne crois pas -, la pression sera maximale sur Buffet et Besancenot. S'il est à 3% ou 4%, sa candidature n'aura pas fait la démonstration de son utilité". Voilà deux effets des sondages : pousser à l'unité derrière le candidat obtenant les meilleurs scores et, à l'inverse, faire la preuve d'un manque de rassemblement d'un candidature.
Dans un article intitulé "Inquiétude au PS sur le trou d'air de la campagne Royal" (mercredi 17 janvier 2007), Le Monde écrit "Et puis il y a l'air du temps si les sondages dans l'ensemble restent plutôt favorables, l'enquête LH2 parue lundi 15 janvier dans Libération a donné le bourdon aux socialistes. A la question, "lequel des candidat prend mieux en compte les préoccupations des catégories populaires ?", 19% des Français et 19% des ouvriers et employés ont cité en premier le candidat de l'UMP, devant Mme Royal (15% et 14% respectivement). Or le contact de la candidate contre "la vie chère" avec ces catégories populaires étaient jusqu'ici présentés comme l'un de ses points forts..." Autre usage des sondages : déconstruire les idées reçues. Les résultats parfois obligent à des remises en question de ce qui était auparavant jugé comme des certitudes.
Dans un entretien accordé au Figaro (lundi 8 janvier 2007), Dominique Wolton, sociologue, directeur du laboratoire de communication et politique au CNRS, analyse ainsi le débat politique : "Ce qui va moins bien ? C’est d’abord la réduction du débat politique au triangle médias-sondages-hommes politiques. Toujours les mêmes hommes politiques. Une réduction étouffante de l’opinion publique aux sondages. Une omniprésence des mêmes journalistes qui en plus deviennent leurs propres commentateurs."
Il manque évidemment dans ce triangle le peuple, le "peuple
introuvable" décrit par Pierre Rosanvallon. Chacun des sommets de ce triangle est en lien avec le peuple : les médias qui sont supposés l'informer, les sondages qui sont censés refléter son opinion et les hommes politiques qui en sont les représentants. Mais le peuple serait évacué de ce triangle par le jeu de ces trois acteurs qui dialoguerait en vase clos. Cette représentation est abusive et simpliste. Elle néglige notamment l'irruption d'acteurs de la société civile dans le débat politique : le rôle de Nicolas Hulot dans l'inscription de la thématique environnementale sur l'agenda politique ou celui de l' association Les Enfants de Don Quichotte pour promouvoir la lutte contre la précarité sont à cet égard révélateurs. Surtout, cette représentation triangulaire ignore les potentialités d'Internet. Les blogs et les forums viennent casser le monopole de l'information autrefois détenu par les médias classiques. Ils permettent à l'opinion publique de s'exprimer autrement que par les sondages et libèrent une parole qui était canalisée, pour le meilleur et pour le pire.
Marianne (28 octobre au 3 novembre 2006) publie un article intitulé "Bayrou, l'homme que les médias n'avaient pas calculé" dans lequel est rapportée cette scène : "« Ne soyons pas trop euphoriques ! ». En réunion de groupe, le députés UDF et leur grand prêtre Hervé Morin se sont quand même laissés aller, un peu, au délicieux pêché de l'allégresse sondagière : 12% des intentions de vote pour François Bayrou selon le dernier sondage Ifop - Paris Match. Un ravissement, un vertige devant la percée, mieux la trouée large, enfin comme un sourire à deux chiffres. Cela faisait plus de quarante ans que, pour une présidentielle, la famille n'avait pas connu un score aussi souriant." Voilà un des effets des sondages qui est rarement souligné : l'euphorie. On ressent intuitivement la déception ou la colère que peuvent susciter de mauvais scores dans les sondages, malgré le masque d'indifférence affichés par les hommes politiques concernés. En revanche, on imagine mal à quel point de bons scores peuvent déclencher la joie chez ceux qui en sont crédités.
François Bayou et ses partisances se réjouissent de ce score à deux chiffres, près de deux fois supérieurs aux 6,84% obtenus au premier tour de l'élection présidentielle en 2005. En revanche, Marianne se trompe en affirmant que la famille centriste n'a pas connu de niveaux similaires depuis 40 ans. Valéry Giscard d'Estaing, représentant de cette famille et fondateur de l'UDF, ou même Raymond Barre ont connu des scores bien supérieurs après 1965.
Dans un article intitulé "Quand l'opinion submerge les courants" et sous-titré "Le choix du candidat socialiste désormais soumis à sa popularité dans les sondages" (Libération, Lundi 2 octobre 2006), le journaliste David Revault D'Alonnes analyse les effets de l'arrivée massive de nouveaux adhérents au Parti socialiste. Il indique ainsi "Le sociologue Patrick Champagne résume : «Il y a vingt ans, au PS, on discutait idéologie pour savoir qui devait défendre ses couleurs. Aujourd'hui, on discute sondages pour déterminer qui a le plus de chances.» " L'évolution n'est sans doute pas aussi marquée que cela. En 1986, on devait discuter au PS des chances de réélection de François Mitterrand et analyser les sondages pour savoir s'il avait plus de chances que Michel Rocard. De façon identique, les adhérents PS d'aujourd'hui discutent toujours idéologie et politique. Le vrai changement tient plutôt à la mise en place d'un système de primaires, utilisé seulement en 1995 et 2006, qui rend plus importante l'équation personnelle des candidats, et notamment leur capacité à emporter la victoire finale.
Dans un article intitulé "Villepin, Premier ministre de nuisance" (Libération, mercredi 26 juillet 2006), Vanessa Schneider écrit : "Avec deux Français sur trois contre lui, Dominique de Villepin n'est pas en mesure de se déclarer candidat. Mais a-t-il complètement renoncé à l'idée ? Rien n'est moins sûr. Ses proches imaginent un scénario idéal dans lequel il reprendrait quelques points dans les sondages pendant l'été grâce notamment à la Coupe du monde football et à son implication dans la crise au Proche-Orient. De quoi tenir jusqu'à ce que l'opinion attribue la baisse du chômage à son action."
Nouvelle illustration d'un des effets des sondages : autoriser ou empêcher une candidature. De bons sondages constitueraient dans cette optique une condition sine qua non pour participer à la course présidentielle. Ce droit d'entrée n'entre évidemment pas dans un cadre légal et son appréciation est subjective. De bons sondages, et la perspective d'un score élevé voire d'un victoire électoral, encourage la candidature alors qu'une opinion contraire freine les ardeurs des plus ambitieux.
Dans un article intitulé "Au PS, Lang craint des «dissidents» pour 2007", publié le jeudi 20 juillet 2006, Libération écrit : "L'échappée belle de Ségolène Royal dans les sondages inquiète au plus haut point ses adversaires qui en appellent à François Hollande pour qu'il assure un match à la régulière en novembre, date à laquelle les militants socialistes sont appelés à départager les postulants à l'investiture pour la présidentielle."
L'inquiétude des concurrents socialistes de Ségolène Royal n'est pas un phénomène nouveau, mais il semble croître. Ce qui surprend davantage c'est le raisonnement des candidats, qui estiment que l'avance dans les enquêtes d'opinion de Ségolène Royal menace l'impartialité du processus de désignation interne. Cette avance n'a pas été acquise de façon irrégulière et les bons scores dans les sondages constituent une ressource politique comme une autre, au même titre que l'expérience politique par exemple ou le charisme.
On comprend cependant que forte de ses bons sondages la Présidente de la Région Poitou-Charentes pourrait être tentée de s'exonérer des débats contradictoires de la campagne interne du PS. Pourquoi convaincre qu'on est le meilleur candidat quand les enquêtes vous désignent déjà comme le favori ?
Dans un article intitulé "Au Parti socialiste, l'appareil ne croit toujours pas à «l'effet Royal»" (Le Figaro mercredi 19 juillet 2006), Myriam Lévy nous rappelle la hiérarchie des candidats socialistes : "Dans les sondages, il y a, bien sûr, Ségolène Royal en tête, loin devant, et Laurent Fabius qui ferme la marche. Entre les deux, Lionel Jospin, Dominique Strauss-Kahn, Jack Lang et François Hollande s'étagent, se surveillent, et se demandent comment sortir de cette «pétole», bête noire des navigateurs."
Elle nous rappelle ensuite la méthode de Ségolène Royal pour emporter l'investiture : "Sa stratégie est évidente : séduire l'opinion, ce qu'elle a fort bien réussi, pour mieux gagner la confiance des militants grâce à cette popularité qui fait d'elle la seule candidate socialiste à pouvoir se mesurer dans les sondages avec Nicolas Sarkozy."
Elle nous rappelle également que l'intervention de Lionel Jospin n'a pas fait changé les lignes : "Ni dans le parti, où aucune initiative n'est venue relayer jusqu'ici la déclaration de l'ancien premier ministre se disant disponible pour une candidature, ni dans l'opinion, puisqu'il est en baisse, qu'il s'agisse de sa cote de confiance ou des intentions de vote. ". Le seul effet des déclarations de Lionel Jospin est d'avoir ralenti le rythme des ralliements à Ségolène Royal : ""L'opération Jospin, reconnaît-on dans l'entourage de Royal, a «figé» la situation. Ceux qui étaient tentés de basculer en sa faveur sur la base des sondages se sont mis à entendre le discours des autres candidats, qui leur répètent que tout n'est pas plié et que la désignation du candidat socialiste ne peut pas se faire sur la seule foi des sondages."
Le Monde (12 juillet 2006) dans un article intitulé "M. de Villiers ne récolte pas les fruits de sa radicalisation", nous indique que Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France "ne décolle pas dans les sondages, qui ne lui accordaient en juin que de 3 % à 5 % d'intentions de vote en prévision de l'élection présidentielle de 2007."
Philippe de Villiers a donc "fait le tour des politologues et des sondeurs afin de comprendre sa stagnation." Et pour épaissir son score dans les intentions de vote, Philippe de Villiers envisage de changer de stratégie : ""Il va s'adresser aux déçus du sarkozisme, car si aujourd'hui le ministre de l'intérieur est à 35 %, il baissera inexorablement en approchant de l'élection", explique Guillaume Peltier, secrétaire général du MPF." Le pari d'une baisse du Président de l'UMP n'est pas absurde tant il est vrai que son niveau dans les sondages est particulièrement haut dans cette pré-campagne.
Mais la stratégie appliquée jusqu'ici, si elle n'a pas produit le décollage attendu, a le mérite selon les dirigeants du MPF d'avoir construit les bases de la candidature de de Villiers : ""Nous nous devions dans la pré-campagne d'avoir un discours de rupture pour nous mettre dans le paysage politique", se justifie Guillaume Peltier. "Cela nous a permis de consolider notre électorat et de nous assurer d'un socle allant dans les sondages de 2% à 5% mais que j'estime moi à 7-8%", dit-il."
COMMENTAIRES