L'année 2006 en sondages
L'année qui s'achève a été à plusieurs égards une année de transition politique. Dernière année pleine du quinquennat, 2006 a été une année pré-électorale marquée par l'amorce d'un renouvellement générationel du personnel politique : fin de carrière annoncée par Edouard Balladur, retour manqué et désormais impossible pour Lionel Jospin, nouvelle candidature présidentielle improbable pour Jacques Chirac... Des acteurs neufs, au moins en apparence, ont émergé et/ou se sont affirmés au premier plan de la scène politique : recueil de l'investiture du Parti socialiste par Ségolène Royal, renforcement à droite de Nicolas Sarkozy au détriment de Dominique de Villepin, imposition de l'enjeu environnemental dans le débat par Nicolas Hulot... Transition également vers le scrutin présidentiel caractérisée par les processus de sélection et de désignation des candidats et la structuration du débat électoral.
Les sondages réalisés et publiés en 2006 ont été les témoins attentifs, et parfois les acteurs, des changements survenus dans la vie politique. Que peut-on retenir de cette année de sondages ? En premier lieu, la persistance de la polarisation du débat autour de la fiabilité de la technologie des sondages (Vont-ils se tromper ? Ont-ils un sens ? Faut-il "croire" les sondages ? Que mesurent-ils ?) et de leur impact sur l'orientation du jeu politique (Font-ils l'élection ? Influencent-ils le vote ? Avantagent-ils certains candidats ? Faut-il les interdire ?). Ces deux débats, relayés par les médias et entretenus par le personnels politiques, resurgissent à chaque élection depuis 1965 comme l'a noté Patrick Champagne pendant la campagne des primaires du Parti socialiste. Ce bégaiement du débat autour des sondages - mêmes critiques et mêmes plaidoyers - illustre l'amnésie du champ politico-médiatico-sondagier.
Autre leçon de 2006, la faible innovation technologique des méthodes de recueil de données. Si on excepte Opinion Way, dernier venu des instituts d'opinion qui a réalisé un sondage sur Internet auprès d'un panel de sympathisants socialistes avant et après chaque débat télévisé du PS, on ne relève pas de grandes avancées techniques, ni dans les outils, ni dans les questions posées. Le sondage par téléphone domine toujours, alors que le taux d'équipement en téléphone fixe chute au profit du mobile et de la VoIP. Les baromètres d'intentions de vote et de suivi de l'image des candidats et les sondages sur les enjeux de la campagne constituent les principaux produits des instituts de sondages, sans réélle nouveauté. Enfin, Internet est sous-employé à la fois dans le recueil mais aussi dans l'exploitation et la présentation des données, souvent incomplète (pas de résultats ventilés par catégorie de la population), inesthétique (au mieux un graphique en flash) et difficile d'accès.
Enfin, il faut évidemment relever l'omniprésence des sondages dans la campagne interne du Parti socialiste pour la désignation de son candidat officiel à l'élection présidentiel. On notera une dernière fois le décalage entre la population sondée (les Français, les sympathisants de gauche ou les sympathisants socialistes) et les votants (les seuls adhérents du PS), décalage qui a fait l'objet d'un rappel à l'ordre de la Commission des sondages, pourtant d'habitude peu loquace (toujours pas de site web pour consulter les notices des sondages publiés !). On relèvera aussi la prolifération de sondages autour de Ségolène Royal, surnommée "la Madone des sondages", en posant la question de leur influence dans sa victoire : Ont-ils participé à l'émergence du phénomène Royal ou l'ont-ils seulement révélé ?
Cette multiplication de sondages n'est rien en comparaison du volume des études qui seront publiées en 2007 pendant la campagne électorale présidentielle, que nous suivrons attentivement.
PS : Ce post n'est évidemment pas exhaustif et d'autres conclusions pourraient être tirées. C'est une des fonctions de vos commentaires : compléter et enrichir notre propos. N'hésitez pas à réagir !