Selon L'Express (jeudi 17 septembre 2009) dans un article intitulé "des mises en scène signées Sarkozy, "Pendant ses campagnes présidentielles, Jacques
Chirac s'appuyait sur des roll up, des enquêtes quotidiennes dont une partie de l'échantillon était ainsi renouvelée en permanence. Nicolas Sarkozy garde lui aussi l'oeil rivé sur les
évolutions de l'opinion "Il n'y a pas beaucoup plus de sondages aujourd'hui que sous Chirac, relève Jérôme-Sainte-Marie directeur de l'Institut Isame. Même De Gaulle, on le sait maintenant, en
consommait. La différence, c'est l'attention personnelle de Sarkozy à ces enquêtes, l'imbrication totale et assumée entre analyse politique et expertise sondagière".
Les sondages ont dès leur apparition était utilisés par les plus hauts responsables politiques. Hormis l'évolution du volume d'enquête, qui a progressé avec l'amélioration des techniques, la
différence principale entre la période actuelle et les époques précédentes n'est pas dans l'articulation entre l'analyse politique et la l'expertise sondagière (qui a toujours existé) mais bien
davantage dans le lien entre les sondages et leur exploitation médiatique.
Depuis quelques jours l'expression "faire mentir les sondages" a été utilisée à plusieurs reprises par des responsables politiques :
Le mardi 26 mai 2009, sur Europe1, Vincent Peillon à appeler "les électeurs à faire mentir les sondages. Ils ont déjà été capables de le faire à
plusieurs reprises". La tête de liste Sud-Est du PS était invité à analyser les sondages qui placent le PS 6 à 6 points derrière l'IUMP.
Le mardi 2 juin 2009 en meeting à Montgeron, Harlem Désir prononce les propos suivants : "Quand le pays plonge dans la crise, notre seul souci quotidien ce
n'est pas nous-mêmes, ce sont les Français", a-t-il assuré, appelant les électeurs à "faire mentir les sondages" dimanche."
Dans Paris Normandie (mercredi 3 juin 2009), Olivier Besancenot répond à la question suivante : "La crise est là et la gauche ne décolle pas dans les
intentions de vote. Comment l'expliquez-vous? On va commencer par essayer de faire mentir les sondages et dire clairement que c'est aux capitalistes de payer leur crise!"
Invité du Talk Orange-Le Figaro (jeudi 4 juin 2009), Henri Weber, Député européen et tête de liste PS pour la région Centre-Auvergne-Limousin, a également appelé
"les militants socialistes à faire mentir les sondages".
Point commun à toutes ces déclarations : elles sont prononcées par des hommes politiques en difficulté dans les sondages. Le PS est à la traîne de l'UMP, le NPA est
concurrencé sérieusement par le Front de gauche. L'expression est souvent utilisée lorsque la défaite approche. Ce fut le cas en
2007 notamment.
Au-delà de
l'argument de mobilisation électorale, l'expression est intéressante à plusieurs titres. Elle dit d'abord que si les sondages peuvent mentir, ils peuvent dire également la vérité. Cette
reconnaissance implicite de la crédibilité des sondages va l'encontre du discours critique d'incrédulité. Ensuite, l'usage du verbe "mentir" n'est pas approprié. L'idée est davantage
de chercher à "donner tort" aux prévisions sondagières en provoquant un résultat électoral différent voire inverse de celui annoncé par les intentions de vote. Il ne s'agit pas à proprement
parler de pousser au mensonge, c'est-à-dire à la dissumulation de la vérité et/ou à l'affirmation de choses qu'on sait fausses. Le verbe "mentir" n'est pas donc pas adéquat mais il apporte
beaucoup en terme de communication. Son usage permet de véhiculer une ensemble de représentations négatives qui se combinent parfaitement avec les fantasmes associeés aux sondages (manipulation,
complot...). Surtout, il permet de rappeler que rien n'est jouer d'avance et que seul l'électeur, pas les sondages, détient la vérité ultime.
Lors de l'émission A vous de juger sur France 2 (jeudi 4
juin 2009), l'institut TNS a été mis en cause, notamment sur l'ordre des listes Modem et Europe-Ecologie.Brice Teinturier, responsable de l'institut,
justifie assez difficilement le fait de placer les listes de François Bayrou en quatrième position quand Marine Le Pen interrompt la défense du sondeur : "Monsieur est en train de se défendre
pour qu'il puisse continuer à vendre un produit au service public que nous finançons. Est-ce qu'on est en plus obligés de se taper la publicité ?" Elle demande alors le coût du sondage, puis
qui l'a payé. Puis elle affirme que l'étude a été commandée par "France Télévision, France Inter et Nicolas Sarkozy" Arlette Chabot lui rétorque "Absolument inacceptable !
Insinuer que le sondage a été payé par Nicolas Sarkozy est absolument scandaleux.". Ce à quoi Marine Le Pen répond "Je dis ce que je veux !".
Ce matin France Télévisions, Radio France et Le Monde ont publié un communiqué de presse dans lequel ils "regrettent vivement que certains responsables
politiques, dans des propos de campagne, mettent en cause l'honnêteté des sondages réalisés par l'Institut TNS Sofres-Logica".
Lors de l'émission A vous de juger sur France 2 (jeudi 4 juion 2009), plusieurs propos de différents leaders politiques invités ont eu pour objet le sondage TNS
Sofres Logica pour France Télévisions, Radio France et Le Monde.
Réagissant aux résultat du sondage qui place Europe-Ecologie devant le Modem, François Bayrou prononce les propos suivants : "Je m'étonne madame Chabot que vous
finissiez cette émission avec ça. De deux choses l'une. Ou bien c'est vrai, on le vérifiera dimanche. Ou bien, ce que je crois, évidemment, ceci est poussé. Ce n'est pas constaté. C'est
pour faire naître un mouvement. Il y a des moments où les sondages sont des armes. Ils servent aux puissants pour essayer d'éviter ce qu'ils ne veulent pas. Si on le voit dimanche dans le
urnes, je propose qu'apèrs on parle du rôle des sondages dans la démocratie française.". "Je ne m'intéresse pas aux sondages. Je ne sais pas s'il sera devant nous. Ce sera d'ailleurs
difficile pour Bayrou, il n'est pas candidat" répond Daniel Cohn-Bendit. François Bayrou rappelle qu'à la veille du premier tour de l'élection présidentielle un grand institut
(CSA) le donnait, à tort, en quatrième position derrière Jean-marie Le Pen. Cette sortie de François Bayrou dit bien l'enjeu du scrutin pour le Modem : être en troisième position pour s'affirmer
comme la troisième force entre les deux grands partis UMP et PS.
Face à ces propos de François Bayrou, Brice Teinturier, un des responsables de l'institut TNS Sofres, tente très maladroitement de justifier son étude. "La une
du Monde (NDLR :Européennes : Cohn-Bendit devant Bayrou le 7juin ?)donne les choses avec précision puisqu'elle met un point d'interrogation". La précision du point d'interrogation est
effectivement indiscutable. Il poursuit : "Nous ne disons donc pas que François Bayrou est derrière Daniel Cohn-Bendit; nous disons qu'aujourd'hui nous avons une situation où
nous ne savons pas si il y a des dynamiques qui sont en train de monter ou pas. Nous sommes dansune situationoù la volatilité est importante, où il y a de la fluidité entre
les camps" alors même que s'affichent les chiffres donnant Bayrou à 11,5% et Cohn-Bendit à 13%.
L'Humanité (jeudi 4 juin 2009) rapporte une déclaration de
Jacky Hénin, tête de liste dans le Nord-Ouest du Front de Gauche : "Avec colère, certain(e)s des électrices et des électeurs, des adhérent(e)s des partis composant le Front de gauche de notre
circonscription Nord-Ouest s'indignent de la manipulation que constitue le sondage BVA-PQR ainsi que de son utilisation." en référence à un sondage annonçant la liste Front de gauche
à 5 %, derrière le NPA.
L'Humanité explique que "la fiabilité même du sondage peut être mise en cause. Il n'a été réalisé qu'auprès de 500 personnes, un échantillon très faible, et dont on peut douter, du
coup, de la représentativité." Dans ce contexte, Jacky Hénin "invite les citoyens à se méfier de tous les sondages publiés depuis le début de la campagne. Il souligne d'ailleurs
que cette région « est celle qui a eu le plus de voix communistes aux élections précédentes. Comment, dès lors, le Front de gauche peut-il être en deçà des pronostics nationaux ?". Plus que
de la manipulation, il s'agit davantage d'incompétence, tant il est vrai que la faiblesse de l'échantillon laisse sceptique. En revanche, l'appel à la vigilance à l'égard des sondages est
légitime et correspond à l'éducation des citoyens à la lecture des sondages que nous tentons de faire ici depuis plusieurs années.
Dans Le Monde (mardi 12 mai 2009), Patrick Roger publie
un article intitutlé "Un ministre, combien ça dépense ?". Il reprend des informations du député PS de l'Aisne, René Dosière, qui a analysé les dépenses de fonctionnement des ministères, notamment
en ce qui concerne les études d'opinion. "Plus intrigantes sont les dépenses de communication, d'études et de sondages, du ministère de la justice, pour 3,177 millions d'euros. [...] Saluons
donc la contribution de la garde des sceaux à l'activité économique de la presse, à raison de 436 euros de journaux achetés par jour. De même, celle-ci a-t-elle veillé à la bonne santé de
l'industrie des sondages en passant commande de trois études pour un total de 118 129 euros."Le Ministère de la Justice aurait donc commandé trois études d'un montant unitaire d'environ
40 000 €, soit un dispositif d'étude important mais pas exceptionnel. Et de ce point de vue, la place Vendôme ne fait pas exception : "Autre grand "communicant", le ministère de la défense,
dont les dépenses de communication, d'études et de sondages se sont élevées à 8,173 millions d'euros en 2007. Nettement plus que l'éducation nationale : 4,770 millions d'euros, dont 767 725 euros
au titre des études et sondages."
Les sommes évoquées sont importantes en elles-mêmes, mais pas si on les rapporte à l'ensemble des budgets concernés (16% par exemple pour le Ministère de l'Education nationale). Il serait
intéresant d'avoir le détail des autres postes de ce budget Communication, afin de vérifier si toutes ces dépenses sont clairement justifiées. Surtout, dans le mesure où ces sondages sont
financées avec de l'argent public, le citoyen devrait pouvoir y avoir accès après un certain délai.
Dans un article intitulé "Ils disent Oui à la fusion
Paris-Petite couronne", Le Parisien (jeudi 12 mars 2009) écrit : "Roger Karoutchi ne manque pas de courage politique : le leader de l’opposition UMP à la région aurait pu enterrer ce
sondage commandé par ses soins, qui va à l’encontre de ses préférences sur le Grand Paris. Au lieu de cela, il l’a diffusé largement mardi soir, lors d’une réunion sur ce thème avec une
centaine d’élus UMP de la région." Le sondage CSA-UMP Ile-de-France montre qu'une majorité des Franciliens est plutôt favorable à la fusion de Paris et des trois départements de petite
couronne (92/93/94), idée que rejette Roger Karoutchi. Le Ministre va donc à l'encontre de ses électeurs et "Pire : le sondage montre que les plus fervents partisans de cette fusion
sont les sympathisants UMP".
Deux choses sont à observer.
D'abord, l'article analyse le fait de prendre des positions contraires à celles de son électorat et/ou de ses administrés comme relevant du courage politique. C'est vrai. Cela est respectable.
Mais il s'agit bien de courage, pas de témérité. Le risque est calculé : les positions vis-à-vis de la fusion sont très mitigées(46% des Franciliens y sont plutôt défavorable), ce qui
signifient qu'elles peuvent être inversées. Roger Karoutchi gagnerait alors le bénéfice d'avoir convaincu l'opinion de venir sur ses positions.
Autre bénéfice non pas potentiel mais immédiat : la transparence. En terme de communication, Roger Karoutchi, qui est en campagne pour recevoir l'investiture UMP pour conduire la liste aux
élections régionales, envoie le message suivant : "je n'ai rien à cacher", message qui s'inscrit en cohérence avec la publication d'une autobiographie dans laquelle il vient de révéler
son homosexualité.
Enfin, la pratique de "l'enterrement de sondages", c'est-à-dire la rétention ou la non-divulgation de sondages dont les résultats sont contradictoires avec les intérêts du commanditaires, n'est
pas choquante. Les sondages n'ont pas vocation à être tous publiés. Ils servent d'abord à éclairer ceux qui les commandent,et pas nécessairement à informer le public. A ce titre, seuls les
commanditaires décident de l'usage des sondages qu'ils ont achetés.
Sondage exclusif CSA/UMP Ile-de-France réalisé par téléphone du 4 au 7 mars 2009. Echantillon représentatif de 745 personnes résidant en Ile-de-France, constitué
d’après la méthode des quotas.
Dans un article intitulé "Bayrou écarte Peyrelevade et Begag", Le Parisien (Jeudi 5 février) révèle la méthode de sélection par François Bayrou des têtes de liste
du MoDem aux élections européennes : "Bayrou s’est appuyé sur un sondage réalisé auprès de 7 000 personnes (1 000 par grande région), grâce auquel le MoDem a fait tester l’audience de ces
têtes d’affiche. Puis il a imposé ses choix." L'usage de sondages confidentiels pour sélectionner les candidats est une pratique répandue dans les partis politiques. On peut faire
l'hypothèse qu'ont été testées la notoriété, l'image des candidats et différents hypothèses d'intentions de vote afin de comparer les performances de chacun.
Selon un sondage Opinion Way pour Le Figaro et LCI (Lundi 24 novembre 2008), seul 24% des Français
souhaitent que Martine Aubry soit la candidate du Parti Socialiste lors de la prochaine élection présidentielle. Une majorité (51%) exprime un souhait contraire. Le souhait de candidature de la
maire de Lille s’élève à 29% parmi les sympathisants du PS, 72% parmi les soutiens de Martine Aubry (contre 9% pour ceux de Ségolène Royal).
Surtout, 25% des Français ne se prononcent pas sur cette question, résultat qui indique en grande partie une imposition
de problématique : le sondage pose une question que les sondés ne se posent pas, ou pas encore. Alors que le Secrétaire général du PS n’est pas encore désigné, l’opinion n’est pas encore
constituée sur cette question.
Le Politoscope – Saison 3 – Vague 12 : Étude réalisée auprès d’un échantillon de 1227 personnes, représentatif de
la population française âgée de 18 ans et plus. Au sein de cet échantillon, 382 personnes sont des sympathisants PS. L’échantillon a été constitué selon la méthode des quotas, au regard des
critères de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle et de région de résidence. L’échantillon a été interrogé en ligne sur système Cawi (Computer Assisted Web Interview). Dates de terrain :
les interviews ont été réalisées du 22 au 23 novembre 2008.
La
rumeur existe depuis plusieurs mois : l'Elysée pourrait créer une Direction de la Communication qui absorberait le Service d'Information du Gouvernement, jusqu'ici rattaché à Matignon. Le Point (jeudi 6 décembre 2007) confirme :
"idée hautement stratégique : avec 10 millions d'euros de budget annuel, le SIG a la haute main sur la communication des ministères. Il consacre aussi 2 millions par an à des études
d'opinion dont les résultats ne sont pas toujours publiés, mais qui conforte le chiffre d'affaires des instituts de sondages". Rattacher le SIG à l'Elysée, véritable centre du
pouvoir, ne ferait que mettre en adéquation l'organigramme administratif avec la réalité. Et, l'idée d'intégrer l'activité "études d'opinion" à cette éventuelle Direction de la
Communication semble indiquer que la Présidence perçoit les sondages davantage comme des outils de communication que des outils de connaissance.
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